LE CHIEN SEUL

Isabelle Charlet

Comment apprendre à mon chien à rester seul ?

Combien de maîtres se plaignent que leur animal pleure, aboie, détruise ou soit malpropre durant leur absence ? Combien d’entre eux doivent s’organiser pour placer leur compagnon chez des connaissances, parents ou en « garderie » et connaissent de véritables problèmes avec leur voisinage se plaignant des nuisances sonores crées par l’animal en détresse? Sans omettre l’ennui, le malaise, voir la souffrance de l’animal face à la solitude. Il est donc primordial d’apprendre ou de ré-apprendre à votre chien à trouver l’apaisement lorsqu’il est laissé seul.

Le chien est un animal social, habitué dès sa naissance à être entouré. (La mère n’a plus à s’absenter pour chasser puisqu’elle est nourrie par l’humain). De plus, après son adoption, il se voit l’objet de toutes les attentions, choyé pas son maître extrêmement heureux de faire sa connaissance. Le chiot arrive donc dans ce monde sans manquer nullement de « présences ». C’est durant cette période que la notion « d’absence » doit être idéalement apprise. L’éducation sera bien plus aisée, rapide et les effets, durables.

Le but principal de l’apprentissage de la solitude doit faire en sorte que le chien ait du plaisir à rester seul. Même si cela peut déplaire à certains, il est important qu’il apprenne que la terre ne s’arrête pas de tourner en l’absence de son maître! Il est nécessaire qu’il développe sa propre autonomie en l’absence de stimulations offertes habituellement par celui-ci.

Pour cela, j’axerai mes conseils sur trois points primordiaux : Le travail progressif ; Le développement de l’autonomie et l’utilisation d’un espace limité sécuritaire. Commençons par le point le plus délicat à faire accepter au maître : L’utilisation d’un espace sécuritaire réduit (min. 4 m2). Ceci ne doit pas être considérée comme une prison ou un espace de punition, mais bel et bien comme sa chambre. C’est un espace qui nous permet d’éviter les dégâts qu’il pourrait faire ; ronger un pied de table, souiller le tapis du salon ou encore ingurgiter un objet dangereux.

Le second point consistera à occuper le chien sans la présence du maître afin qu’il comprenne que de bonnes choses peuvent arriver aussi en son absence. Car admettons-le lorsque nous sommes là, nous lui parlons, jouons avec-lui, allons le promener et le nourrir, alors que lorsqu’il se retrouve seul, il n’a plus rien à faire sinon d’attendre le retour « du plaisir ».

Il faut donc l’occuper. Le plus simple est de lui acheter des jouets éducatifs indestructibles, que vous trouverez en animalerie, dans lesquels vous introduirez une partie de la ration quotidienne de nourriture. Vous placerez le tout dans son espace. Votre chien associera, avec la répétition, que lorsqu’il est mis dedans vous partez et qu’il peut finalement manger. Faites en sorte qu’il ne puisse ingurgiter sa ration en 5 minutes. L’idée de ces jeux qui occupent le chien consiste à prolonger la durée de la recherche (instinct de survie que le chien n’a malheureusement plus besoin de pratiquer vu l’abondance) de la nourriture afin de stimuler sa réflexion et ainsi l’empêcher de s’ennuyer.

Le troisième point, qui est de loin le plus important, c’est la familiarisation PROGRESSIVE à la solitude. L’on ne peut pas décider un beau jour de partir et laisser le chiot de trois mois, quatre heures durant tout seul ! Un travail durable est un travail qui respecte son temps d’adaptation. L’on commencera donc par des périodes de 5 à 6 fois 5 minutes de solitude par jour que l’on augmentera par tranche de 5 à10 minutes tous les deux jours jusqu’au moment de pouvoir le laisser seul durant plus d’une heure. Il est donc essentiel de profiter de quelques jours de congé pour planifier cette éducation. Il faut également penser aux besoins physiologiques du chiot et le fait qu’il ne contrôle pas complètement ses sphyctères avant l’âge de 5-6 mois.

Si l’exercice est correctement fait et que le rythme du chien est respecté, il sera facile de laisser le chien 4h à 5h seul à l’âge adulte, sans que celui-ci n’éprouve d’anxiété. Si vous êtes propriétaire d’un chien qui supporte mal la solitude, il vous faudra également faire très attention à éviter toute forme de routine lors de votre départ afin que celui-ci ne perçoive que le moins d’indices possibles déclencheurs de stress. Pour compléter le tout, je vous dirais également de ne pas lui dire « au revoir » ni « bonjour » afin de banaliser au maximum votre absence. Si malgré ces conseils, le comportement de votre chien ne s’améliore pas, je vous conseillerais vivement de prendre rendez-vous avec un spécialiste afin de déterminer si celui-ci souffre d’anxiété de séparation.